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Le mikado, sport préféré des fonctionnairesPar la bande de même pas mal :: 03/02/2007 à 8:37 :: PRISES DE TETE
« “Modèle social européen”... je ne comprends pas bien le sens de cette expression »
De: Frits Bolkestein (auteur de la directive sur la libéralisation des services du même nom) ; France Inter, 6 avril 2005, In : http://www.monde-diplomatique.fr/2005/05/LORDON/12175
On se demande bien
quel mot de l’expression en question n’avait pas été compris par M.
Bolkenstein… D’ailleurs, on s’en fout, ce mot va bientôt faire partie
du vocabulaire historique et aller rejoindre la hallebarde, la jachère
et le four banal dans le dictionnaire des vieilloteries… Social. Et
Etat social ? Service public ? Eh bien de même : pour faire « chic » ou
peut-être pour se faire peur, on donne périodiquement dans toute
l’Europe de l’Ouest le pouvoir à des politiciens qui détestent l’Etat.
« Avant », un politicien pouvait être de droite et respecter l’Etat, ce
qui est la moindre des choses question reconnaissance du ventre.
Maintenant, le dernier cri en matière de pensée de droite, c’est de
tout vouloir casser avec le far-west comme modèle : plus d’Etat qui
réglemente, mais un flingue pour chaque citoyen pour se faire
respecter ! Un anarchisme de droite façon Mad Max quoi (le beau cul à
Mel Gibson en moins)…
C’est dans cette
logique que le conseiller fédéral christoph blocher a traité son
département d’ « atelier protégé »… Et lui, à part garde-chiourme de
l’atelier, il a rien trouvé de plus enrichissant à faire ? En fait, la
psychologie anti-fonctionnaire est assez primaire et joue sur le
sentiment que tout le monde aimerait être bien payé à ne pas faire
grand’chose… malheureusement, personne ne l’est (enfin, le chef de
notre chef peut-être…). Mais les fantasmes des paresseux se collent sur
le fonctionnaire, ce planqué… En stratèges habiles, les politiciens
jouent sur ce réflexe quant il s’agit de casser les services publics.
Un cas d’école du
genre : il y a quelques temps, Charlie Hebdo (no 645 du 17/10) avait
rapporté les propos que le ministre français renaud dutreil avait tenus
le 20 octobre 2004 au cours d’un "petit déjeuner" organisé par
l’ultralibérale "Fondation Concorde"… de quoi être dégoûté de
travailler pour un type pareil ! Admirez la subtilité du raisonnement
et l’élégance des propos !
Tout d’abord, on pose le problème comme on le voit du haut de son fauteuil de ministre :
"Le grand problème de
l’État, c’est la rigidité de sa main-d’oeuvre. Pour faire passer un
fonctionnaire du premier au deuxième étage de la place Beauvau, il faut
un an. Non pas à cause de l’escalier [rires dans la salle], mais des
corps. Il y a 1400 corps. 900 corps vivants, 500 corps morts [rires],
comme par exemple l’administration des télécoms. Je vais les remplacer
par cinq filières professionnelle qui permettront la mobilité des
ressources humaines : éducation, administration générale, économie et
finances, sécurité, sanitaire et sociale. Si on ne fait pas ça, la
réforme de l’État est impossible. Parce que les corps abritent des
emplois inutiles."
Maintenant
qu’on a bien fait rire la salle, on peut balancer du concret… Et c’est
pas dans les « corps morts » qu’on taille, mais bien dans le vivant :
dans l’éducation… :
"C’est sur l’Éducation
nationale que doit peser l’effort principal de réduction des effectifs
de la fonction publique. Sur le 1,2 million de fonctionnaires de
l’Éducation nationale, 800 000 sont des enseignants. Licencier dans les
back office de l’Éducation nationale, c’est facile, on sait comment
faire, avec Éric Woerth [secrétaire d’État à la Réforme de l’État] : on
prend un cabinet de conseil et on change les process de travail, on
supprime quelques missions. Mais pour les enseignants, c’est plus
délicat. Il faudra faire un grand audit."
En trois, on remarque que les grandes réformes ne font injustement pas toujours l’unanimité…
"Le problème que nous
avons en France, c’est que les gens sont contents des services publics.
L’hôpital fonctionne bien, l’école fonctionne bien, la police
fonctionne bien. Alors il faut tenir un discours, expliquer que nous
sommes à deux doigts d’une crise majeure - c’est ce que fait très bien
Michel Camdessus -, mais sans paniquer les gens, car à ce moment-là,
ils se recroquevillent comme des tortues."
Ah ! Si les services publics pouvaient mal fonctionner, on pourrait enfin les démanteler ! Notez, on y travaille… Et avec Camdessus comme modèle, on risque d’y parvenir !
Pour terminer, une dernière dans la gueule des retraités de la fonction publique…
"Les retraités de la fonction publique ne rendent plus de services à la nation. Ces gens-là sont inutiles, mais continuent de peser très lourdement. La pension d’un retraité, c’est presque 75% du coût d’un fonctionnaire présent. Il faudra résoudre ce problème." Juste pour le plaisir d'entendre ce que le ministre pense des gens qui ont travaillé toute leur vie pour lui ou pour ses prédécesseurs! Les "inutiles" "problèmes" à résoudre apprécieront certainement. L'administration est l'un des rares domaines où on s'en prend aux petites mains quand on la décrie; et les premiers à accuser la "bureaucratie" de tous les mots, ce sont les politiciens, les propres chefs des fonctionnaires... Les yeux vissés sur la retraite du fonctionnaire, on ne verra pas le dutreil se barrer avec les meubles. Trackbacks
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